Tribune libre d’Isabelle Keraudren : Quel gouverneur pour l’information ?

A ce titre j’imagine déjà certains évoquer un « Big brother » supervisant tout du haut de son bureau vitré et censurant ce qui ne rentre pas dans la ligne des instances dirigeantes… En fait, on se rend vite compte que, dans le fonctionnement actuel de l’entreprise, une telle instance n’a de chance de fonctionner efficacement qu’en mettant en place quelques règles simples et claires et en aidant ensuite les autres départements à les appliquer.

 Ces processus concernant potentiellement et idéalement toute l’entreprise, il serait logique que l’instance de gouvernance soit rattaché à la Direction Générale –Secrétariat Général ou autre-.

Elle n’a en tout cas aucune chance d’exister et d’avoir les moyens d’agir si elle ne bénéficie pas d’un soutien fort et explicitement affirmé des instances dirigeantes de la société.

Cependant, la réalité prouve qu’il n’y a pas forcément un « grand soir » où la Direction Générale, illuminée par une vision grandiose, décide de mettre en place ce genre d’instance, mais qu’il s’agit souvent d’un processus de longue haleine qui démarre plus modestement. Quoi qu’il en soit, il est souhaitable et plus efficace de s’appuyer sur des organisations déjà existantes dans l’entreprise et d’élargir ensuite le domaine d’intervention : service de knowledge management, qualité, gestion des archives, vivantes ou non, etc.

Comme souvent, une communication efficace avant, pendant la mise en place du projet et quand il entre en phase de croisière est absolument nécessaire pour sa réussite. Elle doit s’adresser aux décideurs –souvent les plus rétifs, car aujourd’hui encore, « l’information, c’est le pouvoir » et aux utilisateurs de tout poil à qui ce nouveau système doit aussi faciliter la vie en leur permettant d’avoir plus facilement accès à toutes les informations dont il a besoin et de savoir quoi faire de toute la masse d’information qu’ils reçoivent et ont à traiter au quotidien.

Ceci posé, quel serait le profil idéal de notre gouverneur ?

 Il ne serait pas inutile qu’il connaisse déjà l’entreprise ! Surtout, il devra

  • être capable de se positionner comme un offreur de services en interne,
  • de se positionner à un niveau global au-delà des différents métiers,
  • de comprendre les besoins des utilisateurs (quel que soit leur profil).

Il devra aussi être force de proposition vis-à-vis de la Direction Générale et donc avoir des connaissances sur la réglementation, les pratiques et la technologie en matière d’information.

Les gestionnaires de l’information paraissent donc ici les mieux placés pour apporter cette connaissance en matière informationnelle et leur expérience de gestion de projet. Quelle que soit leur appellation (et elles sont variées : gestionnaire de contenu, knowledge manageur, veilleur, documentaliste, records manager, archiviste…), ils ont l’habitude de servir des clients et de mettre en place des systèmes pour gérer les différents types d’information qui rentrent dans leurs attributions (logiciel documentaire, de GED, ECM, BPM, RSE…).

L’informatique, partenaire utile et nécessaire, n’a pas vocation à remplir ce rôle car trop axée sur l’outil et n’ayant pas l’habitude de partir des besoins des utilisateurs.

De toute façon, il est souhaitable, au moment de la mise en place de l’instance de gouvernance, de créer un équipe projet pluridisciplinaire regroupant les compétences et les principaux métiers qui seront les acteurs de la gestion de cette information. Cela permet d’informer clairement tout le monde sur le projet et ses objectifs et de concevoir les processus de façon réaliste en utilisant les compétences de chacun.

De même, une fois l’instance créée, elle fonctionnera beaucoup mieux, si comme il est d’usage en knowlege management, elle peut s’appuyer sur un réseau de correspondants dans les différentes directions, qui seront garants de l’application des procédures et serviront de relais.

En tous cas, notre futur gouverneur devra avoir le sens de l’humour et un sens certain de la diplomatie pour arriver à fédérer tous les intérêts autour du projet et arriver à désamorcer réticences et blocages, inévitables dans un tel processus de changement !


NOTE : Cette tribune libre est extraite du livre blanc de la gouvernance de l’information.

Elle a été réalisée par Isabelle Keraudren, Veolia Transdev http://www.transdev.eu/

 

9 Responses to “Tribune libre d’Isabelle Keraudren : Quel gouverneur pour l’information ?

  •  Effectivement, un observatoire a pour raison d’être d’observer (pléonasme) et non de rechercher. On trouve logiquement  la pensée dominante, parfois appelée “meilleures pratiques”.

    Pour les innovations futures / émergentes, une démarche de type académique peut donner des signaux avant coureurs.

    Ainsi dans cette optique, le CIGREF a lancé récemment un programme de recherche (le programme ISD).

    La troisième vague de projets pourrait bien adresser directement les problématiques de la propriété intellectuelle.

    A mon niveau (qui est le tien, celui de consultant indépendant), j ai lancé un site, “L’entreprise numérique créative”, où j’expose mes travaux de recherches sur l’entreprise numérique.

    http://www.entreprise-numerique-creative.eu

  • Bonjour,

    L’observatoire de la gouvernance de l’information est relancé dans sa seconde édition. Il avait remporté l’année dernière un franc succès et avait permis de faire apparaitre des interrogations fortes sur l’information et ses usages. Cela avait été aussi l’occasion de voir apparaitre une belle implication de participants sur ce sujet stratégique et complexe. Nous continuons aujourd’hui avec plus d’ambition en donnant de la profondeur et en rajoutant quelques points de vues didactiques pour mieux appréhender le sujet. Nous vous ouvrons aussi la possibilité, d’être “co-auteur” du second livre blanc qui accompagnera les résultats.

    Cette année, cet état de l’art aura la particularité d’acquérir beaucoup de profondeur notamment avec des vues concernant : L’information stratégique, le Big Data, le cycle de vie, les Directions Marketing, les relations offreurs/utilisateurs de services, le profil des experts de l’information, et la possibilité de réaliser un mini-diagnostic informationnel “usages et organisations” en ligne.

    Pour participer, veuillez cliquer sur http://www.gouvinfo.org/observatoires/index.php?lang=fr&sid=79893&token=notifyf4695fc0c22711e1945a00304834ba

    [Garder bien ce lien afin de pouvoir revenir sur les questionnaires et choisir de nouvelles extensions]

    Bien sûr, votre participation vous permettra de bénéficier de la synthèse, de faire partie de la communauté de l’info, et participer collégialement à la construction du livre blanc par des tribunes libres, des débats d’idées, ou d’autres suggestions que vous pourriez avoir. Du moment que nous gardons la démarche ouverte, créative, pertinente, .. un peu “autrement”, et surtout avec le même esprit que le premier observatoire.

    C’est avec plaisir que je reste à votre entière disposition pour toutes précisions dont vous pourriez avoir besoin.

    Bien cordialement,

    Jean-Pascal Perrein

    Organisateur de l’observatoire de la gouvernance de l’information

    +33 (0) 6 61 97 66 55

    http://www.3org.com

    http://www.gouvinfo.org

    Si vous ne souhaitez pas participer à ce questionnaire et ne souhaitez plus recevoir aucune invitation, veuillez cliquer sur le lien suivant : http://www.gouvinfo.org/observatoires/optout.php?lang=fr&sid=79893&token=notifyf4695fc0c22711e1945a00304834ba

  • Bonjour,

    L’observatoire de la gouvernance de l’information est relancé dans sa seconde édition. Il avait remporté l’année dernière un franc succès et avait permis de faire apparaitre des interrogations fortes sur l’information et ses usages. Cela avait été aussi l’occasion de voir apparaitre une belle implication de participants sur ce sujet stratégique et complexe. Nous continuons aujourd’hui avec plus d’ambition en donnant de la profondeur et en rajoutant quelques points de vues didactiques pour mieux appréhender le sujet. Nous vous ouvrons aussi la possibilité, d’être “co-auteur” du second livre blanc qui accompagnera les résultats.

    Cette année, cet état de l’art aura la particularité d’acquérir beaucoup de profondeur notamment avec des vues concernant : L’information stratégique, le Big Data, le cycle de vie, les Directions Marketing, les relations offreurs/utilisateurs de services, le profil des experts de l’information, et la possibilité de réaliser un mini-diagnostic informationnel “usages et organisations” en ligne.

    Pour participer, veuillez cliquer sur http://www.gouvinfo.org/observatoires/index.php?lang=fr&sid=79893&token=notifyc445b03ec50411e18023003048c07f

    [Garder bien ce lien afin de pouvoir revenir sur les questionnaires et choisir de nouvelles extensions]

    Bien sûr, votre participation vous permettra de bénéficier de la synthèse, de faire partie de la communauté de l’info, et participer collégialement à la construction du livre blanc par des tribunes libres, des débats d’idées, ou d’autres suggestions que vous pourriez avoir. Du moment que nous gardons la démarche ouverte, créative, pertinente, .. un peu “autrement”, et surtout avec le même esprit que le premier observatoire.

    C’est avec plaisir que je reste à votre entière disposition pour toutes précisions dont vous pourriez avoir besoin.

    Bien cordialement,

    Jean-Pascal Perrein

    Organisateur de l’observatoire de la gouvernance de l’information

    +33 (0) 6 61 97 66 55

    http://www.3org.com

    http://www.gouvinfo.org

    Si vous ne souhaitez pas participer à ce questionnaire et ne souhaitez plus recevoir aucune invitation, veuillez cliquer sur le lien suivant : http://www.gouvinfo.org/observatoires/optout.php?lang=fr&sid=79893&token=notifyc445b03ec50411e18023003048c07f

  • Héhé, justement, nous sommes dans un monde très informel où le système de référence est un consensus basé sur la collégialité.

    L’observatoire n’a eu aucun commanditaires, c’est une initiative personnelle qui a été (et le restera) mise à disposition de celles et ceux qui souhaitaient challenger le sujet et cela a donné le livre blanc : http://www.gouvinfo.org/observatoires/index.php?sid=74687   –  Je t’invite à le lire, tu pourras y trouver le panel des participants (qui ont participé sans être missionnés, mais parce qu’ils le souhaitaient) – Pas d’influence, un maximum d’objectivité, un esprit un peu franchouillard et surtout aussi simple que possible.

    D’où la volonté de ne pas faire d’académique et … d’où la profondeur qui est perfectible (Par exemple il n’y a pas eu de zoom sur la propriété intellectuelle ni sur certains autres périmètres qui ont une place autour de cette discipline : Intelligence économique, évolutions culturelle d’usages (BYOD, télétravail, …)

    D’ailleurs nous devrions aussi porter cette conversation sur le réseau social de la communauté de l’info 😀 qui va être le réceptacle des résultats du second observatoire en cours de lancement pour mi-juillet … 😉 – http://www.gouvinfo.org

  • ” l’objectif [du livre blanc] n’est pas de
    focaliser sur une définition, mais de proposer des points de vue et
    provoquer des remises en causes”.

    et il y a eu un consensus sur le fait que la propriété intellectuelle serait secondaire au point de ne pas apparaître dans la problématique ???

     Je serais curieux de connaître le panel des participants et/ou leur société qui les a missionnés.

    (PS : un petit pas vers la réponse que tu cherches)

  • Ceci devrait pouvoir répondre à tes interrogations sur la définition du mot gouvernance. (Par contre, j’attends toujours un retour sur ma question, en lien avec la propriété intellectuelle 😉 )

    Lorsque nous avons commencé le livre blanc, nous nous sommes posé la question de savoir si et comment il fallait définir les mot “GOUVERNANCE” et INFORMATION”.

    La réponse a été :
    “Ne surtout pas entrer dans la sémantique des mots, leurs définitions, leurs pertinences, ..”

    Tout simplement car cela aurait été l’ouverture d’un débat qui n’a aucun intérêt dans le contexte du livre blanc dont l’objectif n’est pas de focaliser sur une définition, mais de proposer des points de vue et provoquer des remises en causes. D’ailleurs, j’utilise souvent Pilotage de l’information, et un client utilise lui Performance de l’information. Et objectivement j’aime bien ces deux derniers, et pourrais passer les mêmes messages et construire les mêmes modèles ou appliquer les mêmes méthodologies avec ces deux derniers termes.

    Donc définir littérairement les mots est bien sûr important, mais il a été décidé que cela ne l’était pas dans ce contexte. Il y a des personnes très fortes sur la définition à donner à des mots, et qui font cela très bien. Peut être une norme naitra un jour sur le sujet de la gouvernance de l’information, dans ce cas le contexte fera que ce sera prioritaire.
    Voili voilà, à ton tour pour la réponse autour de la propriété intellectuelle 🙂

  •  “Arriver à mieux se dépatouiller pour faire mieux et bien avec l’information” serait pour vous une définition de “gouvernance”. Pourquoi pas ?

    En revanche je reste plus que sceptique sur la compréhension et la pertinence de la proposition :
    “une définition (…) peut être (…)
    une source de complication voir de création de flou autour d’un concept”,

    “une définition (…) induit l’auditoire ou le lecteur sur une piste qui s’éloigne
    de la signification première”

    Et pour vous, quelle serait la “signification première” de “gouvernance” ?

  • Effectivement, la définition est des fois importante, mais elle peut aussi être des fois une source de complication voir de création de flou autour d’un concept, car elle induit l’auditoire ou le lecteur sur une piste qui s’éloigne de la signification première.

    Gouvernance porte en soi “des” définitions, qui de façon systémique portent elles mêmes un message lorsque cela est associé au mot information : Cela pourrait être : Arriver à mieux se dépatouiller pour faire mieux et bien avec l’information”, avec cela je n’entrerais sûrement pas à l’académie Française, mais le message sera compris.

    Par contre je n’ai pas trop compris le fond des sauts entre gouvernance, régime et droit d’auteur. Ce dernier point est votre domaine d’expertise, je comprend. Mais pourriez-vous détailler le lien avec la notion de gouverneur évoqué par Isabelle ?
    Pensez-vous qu’un “gouverneur” puisse avoir un intérêt, en interne, lorsqu’il s’agit de propriétés intellectuelles ?

    Sur un autre registre un peu loin de la gouvernance de l’information, avez vous des avis sur le droit à liberté d’expression, et son application en France en fonction de son appartenance à un “corporate” presse ou non ?

  • Bonjour,

    Au pays de Descartes, un peu de sémantique est souvent
    nécessaire. Pour la patrie de Steinbeck ou de Shakespeare, cela peut
    être utile également.

    Pour définir gouvernance de l’information, il faut définir séparément “gouvernance” et “information”.

    Pour
    gouvernance, vous citez “”big brother”, “l’information, c’est le
    pouvoir” et “grand soir”. Voilà des formules empruntées à la sphère
    politique. Et si vous regardiez le potentiel du concept de “régime”.
    “lnformation governance” deviendrait alors “Information Regime
    Management”…

    Pour information, il s’agit dans notre contexte
    d’information d’entreprise. En gros tout ce qui est contenu dans les SI
    de l’entreprise. Mais également en dehors des SI, par exemple un article
    publié sur un media dont les droits sont conservés par l’auteur*.
    Et
    l’on découvre que l’information porte également des propriétés
    intellectuelles (Ang intellectual property), à ne pas confondre avec données privées (Ang : privacy)

    ———————————————————————————————————————————————————————————————————–

    *En régime de droit d’auteur français, sauf accord explicite et expresse,
    les seuls droits concédés par un auteur non journaliste sont les droits
    d’affichage de l’article intégral sur le site désigné.

    Ceci est une simple opinion et il appartient entièrement au lecteur de consulter éventuellement un juriste qualifié.

    Cordialement
    Tru Dô-Khac

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